Si j'étais Dieu, je ferais croire que j'existe. Si j'étais Dieu, je n'abolirais pas la mort pour tout le monde, faut pas prendre Dieu que pour un con. En effet, si j'étais Dieu il me plait de penser qu'il me serait très agréable de conserver le statut de mortel aux bigots de toutes les chapelles, aux militaires de carrière, aux militants hitlero-marxistes, aux lâcheurs de chiens du mois d'août...
Si, comme je le crois, la mort c'est le néant, il n'en est rien : le néant ne fait pas sens. Donc, de ce point de vue, la vie n'a pas de sens : nous n'allons vers rien d'autre que le rien. C'est pourquoi il nous faut profiter de là où nous sommes. Telle est la dimension tragique de l'existence.
À un enfant qui meurt, et aux parents de cet enfant, ferez-vous, si la religion les console, l'éloge de l'athéisme ? Qu'on ne se méprenne pas : cela, à mon sens, ne prouve rien contre l'athéisme et beaucoup contre la religion. "L'âme d'un monde sans âme, disait Marx, l'esprit d'un monde sans esprit..." C'est la misère qui fait la religion, et c'est pourquoi celle-ci est misérable. Qui interdirait l'opium au mourant ? Et que sommes-nous d'autres, hors l'oubli ou le divertissement, que des mourants ?
Jamais le rapport à la mort n'a été si pauvre qu'en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes pressés d'exister paraissent éluder le mystère.
Puisque l'ordre du monde est réglé par la mort, peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu'on ne croie pas en lui et qu'on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait.