A Tokyo, comme dans toutes les grandes villes du monde, les gens vivent à un rythme effréné entre leurs obligations professionnelles et leur vie privée. Bien entendu, ce n’est pas tous les jours facile mais ils ont toutefois la chance de pouvoir vivre confortablement ou tout simplement de manger à leur faim. En effet, à la marge de cette partie de la société, on peut voir qu’il existe une grande communauté de Sans Domicile Fixe qui n’ont pas bénéficié de la même chance. Voici un phénomène bien attristant mais ce qui l’est encore plus c’est que cela ne semble pas déranger outre mesure la vie des habitants de la mégalopole.
Actuellement, nous sommes en pleine période festive puisque tout le monde s’affaire pour célébrer comme il se doit le réveillon de Noël et c’est d’ailleurs à la messe que nous allons retrouver nos héros. Il y a tout d’abord Hana qui a la particularité d’être un homme travesti et de surplus homosexuel et qui revendique sa part indéniable de féminité. Son plus grand rêve serait de connaître les joies de la grossesse et devenir ainsi une mère de famille mais ce souhait semble bien difficile à réaliser. Par ailleurs, son enfance n’a pas été des plus heureuses puisqu’elle n’a jamais connu sa mère biologique et c’est certainement pour cela que son envie de le devenir est si forte.
A ses cotés ; se trouve Gin qui, à ses dires, est un ancien grand coureur cycliste qui a connu son heure de gloire et le bonheur à l’age de 20 ans en rencontrant celle qui allait devenir sa femme. De cette merveilleuse relation va naître une petite fille malheureusement la vie est parfois cruelle et elle lui a arraché son enfant qui a succombé après une longue maladie. Peu de temps après, c’est sa femme qui disparaît à son tour et en 10 ans, Gin a tout perdu et trouvera comme seul refuge les rues de Tokyo. Après avoir assisté à cette messe, tous deux partent rejoindre leur 3ème compagnon, une jeune adolescente qui a fui le domicile parental.
En effet, voici près de 6 mois que Miyuki vit dans la rue après avoir eu une violente altercation avec son père qui s’est terminée de façon assez dramatique. Nos trois héros n’ont donc plus de toit à mettre au dessus de leur tête et parviennent difficilement à subvenir à tous leurs besoins mais par chance, leur soutien mutuel les aide à faire face à cette terrible situation. D’ailleurs, ils sont loin de se laisser aller et comptent bien fêter dignement Noël. Pour faire les choses dans les règles, il leur faut des cadeaux à s’offrir et ils vont donc chercher leur bonheur dans les ordures. Fouillant minutieusement les détritus, ils essayent dans t bien que mal de dénicher quelque chose qui leur serait utile quand tout à coup, ils tombent nez à nez avec un bébé sagement installé dans son couffin.
Une découverte qui, bien sur, comble de joie Hana qui est convaincue que cet enfant est un don du ciel, le seigneur ayant entendu les prières de la jeune femme ( ?!?) qui va enfin devenir une bonne mère de famille. Mais très vite, Gin & Miyuki vont la faire redescendre sur terre car il faut ramener ce bébé auprès de la Police, chose qu’Hana accepte difficilement. D’ailleurs, elle ne tardera pas à changer d’avis et veut absolument rendre cet enfant à ses parents de ses propres mains. Elle, qui ne connaîtra jamais les joies d’une mère, veut comprendre comment des parents ont pu abandonner un bébé avec un tel mépris. Voilà donc nos amis qui s’apprêtent à vivre une longue aventure pour retrouver les parents et l’on va assister à de nombreuses surprises.
Tokyo Godfathers est l’une de ses œuvres qu’on aimerait voir bien plus souvent et qui vient nous prouver une fois encore la richesse créative que peut offrir l’animation en générale. Cela fait bien longtemps que les japonais l’ont compris et il n’est guère surprenant de voir, en fin de compte, qu’ils soient passés maîtres en proposant des histoires véritablement originales. Pourtant, ce film d’animation aurait pu passer totalement inaperçu sans une promotion publicitaire pour une grande sortie en édition DVD et l’on ne peut que se satisfaire car c’est un magnifique film auquel nous avons droit ici.
Comme je vous l’avais dit, l’histoire prend comme protagonistes principaux des Sans Domiciles Fixes ce qui est déjà en soi un pari osé et l’on est très loin des sempiternels héros à la Walt Disney ou d’autres plus consensuels qu’on a l’habitude de voir. Mais le réalisateur est allé encore plus loin en mettant en scène des personnages totalement hors norme avec un homosexuel travesti, un homme qui n’est pas vraiment ce qu’il dit être et une adolescente complètement désorienté. Je dois avouer qu’au départ cette galerie m’a quelque peu désorienté mais au fur et à mesure on ne fait plus attention à leurs particularités. D’ailleurs, le film est plutôt à réserver aux adolescents et jeunes adultes non pas qu’il présente une quelconque violence mais il sera difficile aux enfants de s’identifier à un des héros.
De même, le scénario est plutôt original et vous réserve quelques rebondissements de taille mais surtout on est dans un univers qui est on ne peut plus réaliste puisque c’est le notre. Ce grand réalisme dans les faits et la situation risquent donc de déconcerter les enfants toutefois, c’est un film que l’on devrait voir au moins une fois dans sa vie car le thème de l’exclusion y est développée de manière intéressante. Attention toutefois, si on aborde un sujet grave et sensible, Tokyo Godfathers est régulièrement ponctué d’humour à travers ses personnages et on rigole franchement devant ce film. On serait tenté de penser que si nos 3 héros ont atterri dans la rue c’est à la suite d’un manque de ressources mais cela n’est pas une généralité comme le confirme leur histoire.
En réalité, s’ils sont retrouvés à la rue, c’est essentiellement pour échapper à certains jugements de valeur auxquels ils auraient été confrontés s’ils étaient restés dans leur situation initiale. Ils trouvent dans la rue une espèce de refuge qui les protège de tout jugement, qui ne font pas d’eux des coupables idéals. C’est un aspect plutôt intéressant et qui tend à confirmer que dans notre société actuelle, on a tendance à trop vite marginaliser les personnes que l’on estime différentes. Evidemment, cela ne constitue q’une minorité de ce public mais il faut aussi prendre en compte cet état de fait pour mieux comprendre les destinées de chacun.
Un mot sur le graphisme et l’animation qui nous est offert, on a droit à de magnifiques dessins et une animation sans faille, bref ce n’est pas dans la technique qu’on trouvera une quelconque faille ! Autre précision concernant le réalisateur qui se nomme Satoshi Kon, un nom de l’animation japonaise encore méconnu mais qui en est à sa 3ème œuvre (après Perfect Blue & Millenium Actress). Il aura notamment beaucoup collaboré avec le célère Katsuhiro Otomo, papa d’Akira et on devrait certainement le revoir très bientôt s’il continue à nous offrir d’aussi belles réalisations.
Inutile de s’attarder davantage en parlottes, voici un film à voir absolument et plus encore si vous êtes un fan de production japonaise. Si les studios Ghibli nous offrent régulièrement des chefs d’œuvre, voici encore une nouvelle poule aux œufs d’or pour les japonais qui nous prouvent que l’animation n’est pas réservée aux enfants mais que c’est un véritable média artistique. Si vous avez l’occasion de voir ce film, n’hésitez pas car vous aurez droit à un film émouvant et drôle à la fois avec des personnages loin d’être caricaturaux.
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